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Le jour où les jeunes ont pris l’hémicycle

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Par Morgane Ghys et Maria Isabel Soldevila*

Pourquoi voter aux élections européennes ? Quelle bonne raison pourrait motiver les primo-votants à tenter de comprendre les complexités des institutions au niveau supranational ? Quel est l’impact de l’UE dans la vie des jeunes ?

Pendant plusieurs mois, le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, les représentations auprès de la Belgique du Parlement européen et de la Commission européenne ainsi que l’Université libre de Bruxelles (et son Institut d’études européens) et la Vrije Universiteit Brussel ont travaillé dans la conception d’une journée de débat citoyen. La coordination académique du projet a été pilotée par la Professeure Ramona Coman, Directrice de l'IEE.

L’objectif : rapprocher des jeunes votants aux candidats têtes de liste de la Belgique au Parlement européen. Le moyen ? Une conversation qui renverserait la relation de pouvoir : ce serait le tour des étudiants de prendre la tribune de l’hémicycle du Parlement bruxellois pour présenter leurs visions de l’Europe, leurs souhaits, leurs demandes, leurs questions aux hommes et femmes politiques présents.

Le processus d’intelligence collective

Dans la matinée, des jeunes issus tant de l’enseignement secondaire que de l’enseignement supérieur ont participé à un processus d’intelligence collective développé par Particitiz. Elles et ils ont commencé par « brainstormer » autour de quatre thèmes : le réchauffement climatique, la pauvreté, la désinformation et l’immigration. La question centrale autour de laquelle s’articulait la réflexion était la suivante : Qu’est-ce que l’Europe devrait faire concernant cette thématique ?

Chaque étudiant a d’abord effectué deux sessions des discussions dans les groupes associés aux deux thématiques de son choix. Cette activité a permis aux étudiants d’identifier des mots-clés liés à la thématique en question.

Sur la fin du temps des échanges, les réserves initiales ont été surmontées : tous, tant francophones de néerlandophones, communiquaient avec aisance et enthousiasme.

 

La matinée s’est clôturée avec, tout d’abord, le vote de chaque jeune votant sur les mots-clés les plus pertinents de chaque thématique. Ensuite, le processus d’intelligence collective a repris son cours puisque les participants ont co-construit les « pitch » ou déclarations qui allaient rythmer le débat de l’après-midi. Les jeunes identifiés comme porteurs des discours par leurs pairs, ont vu en cela une opportunité unique.

Pour les modérateurs des groupes thématiques, ce processus d’intelligence collective était particulièrement intéressant puisqu’il réunissait des jeunes aux bagages variés. Ce fut un véritable challenge de faire réfléchir ensemble des jeunes ne parlant pas toujours la même langue ou n’étant pas au même niveau d’études. Ce défi, réussi haut la main tant par les modérateurs que par les participants, fut une véritable incitation pour les organisateurs à continuer à réaliser des initiatives similaires à l’avenir.

Les jeunes votants prennent l’hémicycle

Ensemble, avec un accent sur l’égalité hommes-femmes qui compensait le manque de femmes têtes de liste, les étudiantes et étudiants sélectionnés ont exprimé leurs idées sur les quatre sujets proposés. Les mots-clés récoltés pendant la matinée résonnaient dans l’hémicycle : hospitalité, justice sociale, éducation, respect, fact check, urgence, planète en danger, partage, Europe sociale…

Contre les « fake news », les jeunes votants ont demandé des cours sur les médias dans les écoles et que tous les partis politiques signent un code de conduite qui les engage à ne pas diffuser des fausses informations.

Elles et ils ont aussi présenté leurs questionnements concernant la politique actuelle : Quelles mesures concrètes ont été prises au niveau européen pour le climat ? Comment rendre accessibles les produits ayant le label bio ? Une Europe sociale, c’est quoi ? Comment lutter contre la pauvreté en Europe ? Comment soutenir les plus vulnérables ?

Face à eux, 10 candidats – Geert Bourgeois (N-VA), Benoît Cassart (DéFI), Jan Cornillie (sp.a), Petra De Sutter (Groen), Valérie Glatigny (MR), Mounir Laarissi (cdH), Philippe Lamberts (Ecolo), Paul Magnette (PS), Peter Van Kemseke (CD&V) et Guy Verhofstadt (Open Vld) – qui ont partagé avec les jeunes votants leurs arguments et vision politique, mais qui ont parfois eu du mal à se détacher des discours technocratiques difficiles à saisir, surtout par les plus jeunes, qui n’ont pas hésité à demander des éclaircissements.

Pour ces dizaines de jeunes ce débat citoyen a été l’occasion de mieux comprendre l’enjeu des élections du 26 mai. L’avenir de l’Union européenne, son rôle dans le monde et l’impact de ses décisions, tous des sujets que les étudiants ont pu s’approprier pendant les discussions, restent entre les mains des citoyens européens qui se rendront aux urnes… ou pas.

 

Pour voir l’intégralité des discussions, visitez le site du Parlement Bruxellois

*Morgane Ghys est politologue, diplômée de l'ULB en relations internationales. Maria Isabel Soldevila est journaliste, et dirige la communication de l'IEE-ULB